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Le triste sort du frêne

By 5 juillet 2021 No Comments

Depuis quelques années, le frêne d’Amérique fait les manchettes au Québec et ailleurs. Or, ce n’est pas tant de l’arbre lui-même dont il est question mais plutôt de l’agrile du frêne, cet insecte qui s’attaque à l’arbre comme la peste et qui réserve à cette espèce chouchou un bien triste sort.

La présence de l’agrile est une problématique bien réelle dont l’apparition remonte à 2008 au Québec, où elle fut observée pour une première fois entre autres à Gatineau. Bien que ce coléoptère soit à la source de la destruction d’une majorité de frênes québécois, c’est avant tout la plantation abusive de frênes dans le sud du Québec et dans d’autres régions du Canada qui est à blâmer.

En milieu naturel, ce qu’on appelle aussi frêne blanc est une espèce indigène qu’on retrouve à proximité des cours d’eau et des zones humides. Reconnue pour son absence de prédateur, sa forte résistance (le frêne peut vivre près de 150 ans et atteindre 20 mètres de hauteur!), sa croissance rapide et ses qualités ornementales, c’est tout naturellement que plusieurs municipalités ont procédé à sa plantation massive à une certaine époque, sans égard réel envers la biodiversité et ne sachant pas qu’allait éventuellement s’amener une petite bestiole bien dangereuse.

Le frêne a une histoire riche; on dit que les Amérindiens en tiraient un sirop amer et extrayaient une teinture jaune de son écorce.

Aujourd’hui, on l’utilise pour concevoir des meubles mais aussi des bâtons de hockey, des manches d’outils, des barils, et j’en passe.

Reconnaître l’agrile du frêne

 

Dans un article publié dans Le Devoir en 2014, Jacques Brodeur, professeur à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal, affirmait qu’on avait fait « (…) une erreur de planter autant de frênes, à des densités très élevées dans certains arrondissements [de Montréal] » et que « la diversité a bien meilleur goût ».

L’agrile complète une partie de son cycle de vie à même le frêne. Ainsi, lorsqu’un frêne est infesté, les larves de l’insecte s’alimentent sous son écorce en formant des galeries en forme de « s » qui finissent par empêcher la circulation de l’eau et des éléments nutritifs dans l’arbre.

Si tu crois que ton frêne est affecté par l’agrile, porte attention à la densité de son feuillage. Un arbre atteint sera beaucoup moins touffu, particulièrement à la cime de l’arbre. On remarque aussi souvent une prolifération de nouvelles pousses sur son tronc, ainsi que des petits trous de sortie de l’insecte en forme de « D », ou encore, des trous d’alimentation de pic-bois.
La plupart des frênes frappés par l’agrile sont destinés à mourir un jour ou l’autre, menant à une extinction quasi certaine de l’espèce à long terme. On peut ralentir la propagation en arrosant l’arbre si la maladie n’est pas trop avancée mais il est presque impossible de guérir un frêne attaqué par l’insecte, et il semble que tous les frênes seront un jour ou l’autre victimes du petit insecte volant.

Généralement, un frêne présentant des signes d’agrile est infesté depuis au moins un an.

Quoi faire face à un arbre malade

 

Si tu penses avoir affaire à un frêne atteint de l’agrile, il se peut que tu puisses rallonger son espérance de vie en lui prodiguant certains traitements. Si la maladie est trop avancée, il faudra couper l’arbre.

La (seule) bonne nouvelle, c’est que si tu dois abattre un frêne, tu peux toujours choisir d’en prolonger le souvenir en le transformant en meuble. La principale règle à respecter est d’éviter de transporter un frêne hors d’une zone réglementée, pour éviter la contamination.

Ceci dit, les insectes ne tardent généralement pas trop longtemps à quitter un arbre mort, et avec le temps de repos qu’on impose au bois, il n’y a pas de souci à avoir.

Le bois du frêne en est un qui est reconnu pour sa solidité et sa flexibilité, ce qui en fait une essence très polyvalente. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de travailler avec un frêne touché par l’agrile dans le cadre d’un des projets confiés par l’une de mes fidèles clientes, qui souhaitait offrir un bureau de travail à sa fille.

Le frêne est généralement de couleur brun jaunâtre assez uniforme, avec un grain élancé qui ressemble un peu au chêne. Parfois, les traces laissées par les larves apportent même une touche originale au bois, donnant au meuble un fini d’autant plus intéressant.

Dans tous les cas, que tu comptes essayer de sauver ton arbre ou que tu doives l’abattre, assure-toi de faire appel à des professionnels de confiance.

Personnellement, je travaille avec des émondeurs fort méticuleux et peux également te recommander des arboristes qualifiés qui sauront t’appuyer dans ta démarche.

N’hésite pas à me contacter pour obtenir leurs coordonnées!